Les multiples usages de la salle de la Libération.
Construit en 1878, ce bâtiment communal a connu des usages très variés et a régulièrement bénéficié de travaux de rénovation et d’extension.
C’est certainement l’équipement public le plus utilisé de la commune. Fêtes et cérémonies, événements associatifs et officiels, don du sang, spectacles ou repas et même bureau de vote : la salle de la Libération est un peu le cœur de la vie villardaire. Sa fréquentation a été estimée à près de 30 000 personnes par an. Voici son histoire.
L'école n'est pas (encore) obligatoire.
En juillet 1877, le conseil municipal que dirige Auguste GUITTON (maire de Villars de 1875 à 1881) décide de lancer la construction d’une salle d’asile, lieu d’accueil des petits enfants avant leur entrée à l’école primaire.
La commune vient de passer le cap symbolique des 2000 habitants dont un peu plus de 400 mineurs.
La Loi GUIZOT concernant l’enseignement primaire est alors en vigueur. Elle prévoit notamment la scolarisation des garçons et l’obligation pour chaque commune de plus de cinq cents habitants d’entretenir une école primaire. C’est le cas à Villars où l’école se situe à cette époque dans l’ancienne église.
Il n’est en revanche pas prévu d’obligation scolaire. Il s’agit d’offrir une possibilité d’instruction, en prenant garde de ne pas remettre en cause l’autorité paternelle. De même, le choix entre un enseignement religieux ou laïc est laissé libre. L’enseignement est gratuit pour les indigents. Enfin, l’Église garde un rôle prépondérant dans l’organisation de l’enseignement primaire. La loi FALLOUX du 15 mars 1850 renforce le rôle des religieux dans l’organisation de l’enseignement scolaire.
Qu'est-ce qu'une salle d'asile ?
Nous reprenons ci-après la définition parue dans le journal ligérien « le Mercure Ségusien » de ce qu’était une salle d’asile à l’époque : « les salles d’asile sont des établissements publics où l’on donne asile, éducation et instruction préparatoires aux petits enfants de l’un et de l’autre sexe, de l’âge de 2 à 6 ans, époque où ils peuvent entrer dans une école primaire.
Les enfants sont gardés tout le jour dans un local, sous la surveillance de l’autorité et sous les soins immédiats d’un maitre ou d’une maitresse (c’est ordinairement un homme et sa femme ou sa sœur). On les occupe à des exercices très variés, propres à développer, sans les fatiguer, leur moral et leur physique. On les initie aux premières notions de la lecture, de l’écriture, du calcul, de l’histoire naturelle, de la musique et toujours aux moyens d’images sensibles qui les amusent en les instruisant. Leurs petits travaux sont égayés et soutenus par des chants, des marches et des jeux gymnastiques. On leur donne les premiers principes religieux à la portée de leur intelligence ».
Cette dernière précision sera ensuite sujette à débat au sein du conseil municipal. Le maire GUITTON est un fervent catholique et la direction de la salle d’asile sera donc confiée aux religieuses de Saint-Joseph. Mais son successeur Louis AUBERT et son adjoint Pierre BONNAVION, fervents républicains et défenseurs de l’école laïque, procéderont en 1882 à la laïcisation de la salle d’asile.
Trouver un terrain et faire construire la salle.
Pour construire ladite salle d’asile il faut d’abord un terrain. C’est en lieu et place de l’ancien cimetière (transféré quelques années plus tôt sur la colline vers Rochefoy) que la construction est d’abord prévue. Le terrain est municipal, donc gratuit. Mais finalement l’espace n’est pas suffisant et de plus il faudrait que la commune prenne à sa charge l’enlèvement des restes et le transport de ceux-ci au cimetière. Ce qui couterait 1500 francs alors que pour ce prix, la commune peut acheter un terrain bien situé et double en étendue qui appartient à la Compagnie des Mines, en face de son siège (l’actuelle mairie). Ce sera chose faite.
En décembre 1877, le plan de la salle d’asile est approuvé conformément aux observations des bâtiments civils. Le 5 mai 1878 il est procédé à l’adjudication des travaux de construction. Le devis initial s’élève à 16 471 francs. Le Ministère de l’Instruction publique accordera une première subvention de 7000 francs. Il reste aujourd’hui une trace visible de cette édification avec la plaque commémorative placée au-dessus de la porte centrale du bâtiment. On peut y lire : « Cette salle d’asile a été construite en 1878 au moyen des ressources municipales, d’un secours de l’État, à l’aide des dons de la Compagnie des Mines de la Loire et de divers bienfaiteurs » le tout suivi du nom de GUITTON-NICOLAS, chevalier de la Légion d’honneur, maire.
Une autre plaque commémorative était également fixée à l’entrée avec l’indication suivante : « Cette salle d’asile a été construite en 1878 et bénite le 29 septembre ». Suivent les noms de GUITTON-NICOLAS, chevalier de la Légion d’honneur, maire et de PONSONNARD ingénieur de la Compagnie des Mines de la Loire, adjoint.
Le 15 juin 1887, le conseil municipal est invité par le Préfet à régulariser la situation de l’école maternelle. En clair il s’agit d’une démarche administrative pour que la salle d’asile soit désormais officiellement reconnue par l’État comme école maternelle. 150 enfants la fréquentent. Le maire Louis AUBERT en profite pour demander la création d’un poste de sous directrice pour diriger l’école. Et en août 1888 le conseil municipal vote pour le maintien d’une école maternelle à Villars (ce n’est pas encore une obligation) pour une durée de 10 ans.
La Marianne qui surplombe dans une petite niche la porte centrale (avec la citation « laissez venir à moi les petits enfants ») rappelle la destination première de l’édifice (asile qui deviendra peu après l’école maternelle). On peut supposer que cette Marianne n’était pas ici à la création du bâtiment et qu’elle a été ajoutée (ou même a remplacé une statue religieuse) au moment de la laïcisation de la salle d’asile. À ce jour trois bustes de Marianne datant de la Troisième République ont été recensés sur la commune.
Salle des fêtes en 1914 puis école maternelle.
La salle d’asile va ensuite connaitre diverses utilisations en accueillant successivement l’école des filles (jusqu’à la construction de la nouvelle école des filles en 1907) puis de nouveau l’école maternelle. Juste avant la Grande Guerre, le bâtiment se retrouve même libre de toute utilisation. En mars 1914 (municipalité de Jean Baptiste PARET) le conseil municipal décide de renommer l’ex salle d’asile en « salle des fêtes » et de l’affecter pour les réunions et les fêtes publiques.
Il se raconte aussi que la salle d’asile avait autrefois servi de prison locale ou plus simplement de cellule de dégrisement où le garde champêtre de Villars retenait les contrevenants. En réalité le petit local appelé « prison » se trouvait juste à côté, dans les dépendances au sous-sol de l’ancienne mairie aujourd’hui démolie.
Après la Grande-Guerre, l’école maternelle est durablement installée dans l’ex salle d’asile. Elle y restera jusqu’en 1957 avec la construction (municipalité de Georges GILLIER) de l’école que nous connaissons actuellement
Salle de la Légion puis salle de la Libération.
Les municipalités successives ont toujours apporté une attention particulière à l’entretien de ce bâtiment situé au centre de la commune. La Municipalité de Louis SOULIER va en 1922 engager des travaux de reprise de la toiture. En 1924 est approuvée puis réalisée la construction d’une petite extension côté ouest qui va d’abord servir de préau couvert puis de salle de conférence et d’extension à l’école maternelle à la demande de la directrice.
Les années sombres de la deuxième guerre mondiale et de l’Occupation ont aussi marqué l’histoire du bâtiment. Le 22 juin 1941 est inauguré dans l’ex salle d’asile le foyer de la Légion Française des Combattants en présence du Préfet. Le portrait du Maréchal Pétain y trône en bonne place. Cette trace trop marquée de la collaboration sera effacée par le Comité de Libération (Municipalité de Henri FAURE) qui, lors de sa première délibération du 2 septembre 1944, décide « que l’ancienne salle de la Légion s’appellera désormais salle de la Libération du 21 août 1944 ». C’est le nom qu’a gardé la salle aujourd’hui et qui est gravé sur son fronton.
Des municipalités aux petits soins.
L’argent des contribuables a été souvent utilisé pour maintenir en état et améliorer ce bâtiment public très utilisé.
En 1947, la Municipalité GILLIER a lancé des grands travaux de réfection. Au début des années 60, la Municipalité BERNICHON a refait sol, plafond et décoration. En 1978 ce sont les façades extérieures qui ont été reprises.
Le chantier le plus important a débuté au printemps 1992, avec la décision par la Municipalité conduite par Hubert POUQUET de marier le neuf et l’ancien en doublant de surface le bâtiment (de 220 à plus de 400 mètres carrés). La salle était alors deux fois plus petite qu’aujourd’hui (la simple travée avec sa petite scène en bout) et avec 200 personnes elle affichait complet (la salle peut en accueillir le double aujourd’hui). Sept mois de travaux ont été nécessaires pour mener à bien ces travaux pour 4 millions de francs.
Le journal La Tribune le Progrès de l’époque résume bien l’étendue des travaux : « La disposition même du bâtiment avoisinant une cour d’école et une parcelle inutilisée rendait particulièrement propice cette réalisation. De plus sous la partie neuve seront aménagés divers locaux (aujourd’hui salle de l’ARAL et de la FNACA). Ces grands travaux pour rendre plus spacieuse une salle trop souvent limitée en place apporteront un plus de confort avec un nouveau coin cuisine, des toilettes et des vestiaires sans oublier un système de chauffage plus performant ».
En 2009, nouveau chantier lancé sous la Municipalité de Paul CELLE avec cette fois un réaménagement intérieur complet qui a ajouté à la salle des aménagements techniques plus adaptés à son usage. Chauffage, sonorisation, éclairages, sols, murs, plafonds, piliers, salle de rangement, tout a été repensé pour un montant de près de 600 000 euros de travaux.
Là aussi la presse locale résume bien l’envergure de chantier : « Après six mois de travaux, l’édifice vient d’intégrer de nombreuses innovations techniques en intégrant en plus les dernières normes environnementales. Dans un équipement très énergivore, le chauffage a ainsi été repensé. Le résultat est esthétiquement très réussi avec notamment deux piliers en moins, une piste de danse intégrée, des faux plafonds originaux, un nouveau carrelage et une scène réaménagée ».
Sources : délibérations du conseil municipal, archives départementales, journal « La Tribune Le Progrès ».
Photos : Pierre Thiolière et mairie de Villars
©H&P-Pierre THIOLIÈRE